Juste avant

Stick_to_the_plan.jpg
 

L'année dernière, alors que j'étais au même endroit qu'aujourd'hui, apparemment, j'ai fixé un certain nombre de principes pour atteindre mon but, et notamment pour reperdre une masse très importante de kilos superflus que j'avais réussi à empiler pendant les quelques années précédentes, malgré les tentatives affirmées de faire un régime. 

J'ai affiché en bonne place - c'est à dire sous mes yeux en permanence une fois assise à mon ordinateur, l'endroit où je passe le plus grand nombre d'heures éveillée - l'objectif, avec une date, un poids à perdre chaque semaine, un nombre très raisonnable et une période qui me semblait très longue, mais nécessaire, justement pour être raisonnable.

Cette période s'achève aujourd'hui.

Je suis très fière d'avoir tenu mon engagement vis-à-vis de moi-même, durant toute l'année : l'idée de garder à l'esprit cet objectif, et d'avoir effectivement réussi à perdre beaucoup de poids, même si je n'ai en vérité pas atteint le but et le poids "idéal" que je m'étais fixé. 

Comme je n'ai pas réussi à cent pour cent, je serais normalement tentée d'abandonner. Ca a été long et difficile, et depuis quelques semaines, c'est devenu très difficile. Depuis le début de cette semaine, j'ai de nouveau des crises de boulimie, ce qui ne m'était plus arrivé depuis longtemps, en tout cas, pas au point de m'alarmer comme en ce moment, parce que c'est justement comme ça que je me suis retrouvée au sommet d'une montagne de surpoids (mes graphiques ressemblent vraiment à des montagnes quand je les affiche dans l'appli que j'utilise pour me surveiller). 

Et puis tout à l'heure, voilà sur l'écran de mon iPod ce bref message "Respecte ton plan, et le succès en jaillira", comme une fleur qui pousse au bout d'un certain temps, même si on ne voit pas nécessairement ce qui se passe pendant longtemps sous terre, tandis que l'on pourrait désespérer qu'il ne se passe jamais rien de nouveau. 

C'est toujours juste avant d'abandonner qu'il faudrait redoubler d'attention. Après, c'est un peu tard, pour repartir de ce qui semble à zéro. 

J'ai l'habitude de ces moments auxquels je ne prête pas l'attention qu'ils méritent, ces moments où il semble y avoir un personnage très bavard dans ma tête, très convaincant qui pratique le "à quoi bon", et le défaitisme. Cette voix qui jacasse en permanence et qui couvre les autres voix plus douces, plus fleur bleue sûrement, moins péremptoires et moins pugnaces. 

Ces moments où l'abandon se pare de raisons qui n'en sont pas, se retranche derrière l'usure, l'ennui, le désintérêt, l'inimportance. Mais si il y a un an, c'était si important, comment justifier que cela ne le serait plus simplement parce que toute l'année y aura été consacrée ? parce qu'il n'y aura pas eu les résultats spectaculaires attendus au moment qu'on avait arbitrairement fixés ? Si je suivais cette logique, il y a longtemps que j'aurais remisé mon propre fils au rebut. Or, je prétends à son sujet que je n'abandonne jamais l'idée qu'il est capable d'étonner toujours et encore et que c'est le propre de sa différence. Mais je n'accepte apparemment pas l'idée pour moi-même. 

Je crois bien que je suis en train de livrer plus de pensées désordonnées que de message sensé sur un sujet précis concernant ma façon de m'alimenter, qui aura nourri - ce n'est pas un jeu de mot trop anodin - tant et tant de conversations familiales pendant des décennies, jusqu'à l'écoeurement sûrement. Le seul message que je cherche à marteler, plus pour moi-même que pour la gloire, c'est qu'il est ce moment là, juste avant, tout juste avant de renoncer, qu'il est important de dépasser toujours, en lui donnant ne serait-ce qu'une minute de plus, pour voir, on ne sait jamais et le futur reste toujours cet inconnu fait de possible et non pas d'impossible. 

Billet original sur Un jour @ la fois

Haut de page