Le déjeuner loupé

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Non, je ne parle pas du repas qui se sera tenu quelque part ailleurs réunissant autour d'un couscous ma famille à laquelle je n'aurai pas manqué de penser tendrement.

Ce que vous diront tous les expatriés aux USA à propos de la camaraderie américaine, c'est qu'il y a plus qu'un océan qui nous sépare  quand il s'agit de forger des relations amicales qui comptent dans une vie. Cela peut être attribué, bien sûr, aux amitiés tardives, toujours plus difficiles à établir quand les rencontres se font plus autour des activités et par conséquent sont marquées du sceau d'un certain cloisonnement (club sportif, communauté religieuse, enfants scolarisés, accidents de la vie, maladies, engagement politique, collègues professionnels, partenaires), mais pas seulement. 

Il y a aussi la très grande mobilité américaine qui fait que l'on aura tendance à éviter de trop s'attacher (c'est moins déchirant quand on s'en va d'un endroit au bout de quelques années). 

Toujours est-il que j'ai toujours eu du mal à interpréter les signaux sociaux autour des invitations amicales en dehors du formalisme codifié des "parties", et encore, même dans ces cas-là, il m'arrive de patauger. 

Ce dimanche, j'avais crû comprendre que mes amis venaient déjeuner. J'ai mis la table et réfléchi à un menu, sorti la bouteille de rouge entamée qui était dans le frigidaire (oui, criez au sacrilège, on est aux States, bon sang de bois, et je n'ai pas goûté le vin de toutes manières, donc je ne sais pas s'il supportait la température ou ses changements, et la bouteille est retournée d'où elle était venue, et je doute que le breuvage ait vraiment la moindre saveur de toutes manières...).

Vous l'aurez deviné au titre, les amis ne sont pas venus. Quand j'ai eu faim, j'ai appelé histoire quand même de vérifier qu'ils n'allaient pas m'appeler pour me dire qu'ils avaient eu un pépin les retardant, mais je me doutais bien qu'ils avaient totalement oublié depuis trois jours qu'ils m'avaient - eux, pas moi - proposé de venir déjeuner ce dimanche... c'est moi qui les avaient contactés pour prendre de leurs nouvelles, car ils sont sans domicile fixe depuis qu'un incendie les a délogés de chez eux, il y a quelques semaines, et quand ils ont répondu à mon coup de fil, ils étaient en route pour Syracuse où leur fille cadette est à la fac et avait une cérémonie de remise de diplômes (ne me demandez pas, visiblement, ça se fait aussi début décembre et pas seulement à la fin d'une année scolaire, le système universitaire m'est lui aussi très hermétique pour l'instant encore). 

Le mari qui n'était pas au volant m'avait donc dit comment tous deux allaient, quand ils seraient relogés dans une location en ville - pas dans notre village - et c'est lui qui m'avait dit qu'ils viendraient volontiers déjeuner dimanche, ce à quoi j'avais bien entendu acquiescé, même si mes compétences d'hôtesse sont toujours mises à rude épreuve quand il faut que je reçoive.

Heureusement, que je n'avais pas mis les petits plats dans les grands et surtout, renoncé à faire de la pâtisserie pour un dessert, me disant que les fruits secs, les kiwis, les pommes et les myrtilles termineraient parfaitement un repas sans pain de toutes façons. 

Et vous savez quoi ? j'étais ravie qu'ils aient oublié. Je n'ai pas fait la seconde salade que j'avais prévue, et je la servirai quand l'amie viendra - m'a-t-elle dit - sur le chemin de se rendre à leur maison en réfection pour y récupérer des effets... si elle n'oublie pas, d'ici demain...

Ce n'est pas ce type de relations amicales qui vont me convertir à faire de la grande gastronomie, je vous le promets ! 

 

Billet original sur Un jour @ la fois

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