Humeur de chien noir

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Certaines activités sociales ne sont pas décidément pas de celles que je prise et plus on insiste autour de moi avec "j'espère qu'on te verra" me fait complètement grincer des dents, parce que je sais que si je cède à l'appel des sirènes, je vais le regretter : une fois après avoir réussi tant bien que mal à masquer mon déplaisir, j'aurai essayé de cacher que je me suis traînée toute la journée avec un mal à la gorge diffus, j'aurai tant bien que mal essayé de me glisser dans une tenue correcte et j'aurai bravé le vent glacé qui m'a déjà détournée d'aller me promener plus de cinq minutes quand j'ai voulu prendre l'air - plus que frais, mais au moins ensoleillé, alors à la nuit noire, brr, ça me dit vraiment encore moins. Puis, j'essayerai de sourire à ces dizaines de personnes qui me diront "salut, ça va ?" et à qui je répondrai "oui, très bien et toi ?" comme il est convenu de faire, et non pas "ça va on ne peut pas bien pire, tu sais".

J'ai reçu la photo du gâteau qui sera servi, et si c'est censé me tenter, c'est loupé, je n'ai sûrement pas la moindre envie de sucre ni de colorant (bleu), et la génoise n'a de génoise que le nom ici, c'est un étouffe chrétien de première, tout est dans la quantité, je n'ai toujours pas très bien compris, au bout de ces années, la motivation des portions gigantesques en tout ce qui est comestible, surtout quand il faut l'ingurgiter au bout d'un morceau de plastique (les couverts sont bien entendu jetables, partout où l'on se tourne). 

Même les personnes que j'aime bien et qui espèrent me voir - m'ont-elles dit, ce qui est aussi une expression convenue, n'est-ce pas - ne réussiront pas à me faire sortir de ma mauvaise humeur. Je sais très bien qu'une fois là-bas, ce ne sera qu'un moment - sincère certes - d'embrassade, et puis on passera à la personne suivante, qui elle aura peut-être une conversation, parce que moi, je n'en aurai pas. Je n'en ai pas envie dans ce contexte, et la superficialité qui entourera la rencontre me déprimera encore plus une fois que je serai retournée à mon univers solitaire de toutes manières. 

Pour une fois, je déroge à ma règle de ne pas publier de billet d'humeur tant que je n'ai pas laissé s'estomper cette humeur-là. Je suis décidément déçue par cette union qui n'a rien apporté d'autre que des déceptions, des agacements, des pressions, sans parler de l'immense tristesse de la perte d'un rabbin qui était la gentillesse incarnée, qui pouvait radoucir la moindre des mauvaises humeurs par sa seule présence, et qui m'aurait forcée à relativiser l'ampleur de mon jugement négatif sur tout ce qui m'entoure. Il aurait sû parler des déceptions et des désillusions pour montrer comment elles peuvent se transformer positivement, et cela n'aurait pas été inconvenant ou artificiel parce que cela serait venu véritablement d'une opinion à laquelle il croyait fermement. 

Alors moi, j'ai délibérément choisi d'allumer mes lumières de chabbat chez moi, bien au chaud, avec la musique - lancinante, certes, mais que je n'entends plus à force - que joue en permanence mon grand garçon autiste, de me calfeutrer dans ma triste humeur dépressive, de m'emmitoufler dans mes pulls informes mais si doux et chauds qu'ils me font vraiment oublier que je n'ai pas du tout envie de fréquenter quiconque en ce moment. 

Billet original sur Un jour @ la fois

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