Moment oasis

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Chaque année, aux alentours de la célébration nationale de la fête de Thanksgiving, les communautés locales religieuses se rassemblent dans un élan oecuménique pour rendre grâces ensemble. Cette année, la résonnance de cette réunion est d'autant plus bienvenue qu'elle s'inscrit dans le contexte que l'on vit, et qui, c'est un euphémisme, est pour le moins tendu et l'ambiance des plus volatiles.

Au point que les conversations qui sont les plus commentées partout sont les craintes soulevées par les discussions impossibles qu'il va falloir soutenir en famille, la fête étant l'occasion la plus respectée de l'année, encore plus qu'à Noël ou Pâques, de rassembler les membres dispersés d'une famille. Or, clairement, certaines familles s'écharperaient autour de leurs votes respectifs, et les relations sont en danger, et parfois les dilemmes rapportés carrément déchirants. 

Ce soir, notre synagogue était l'hôte de l'office oecuménique, avec plusieurs chorales et quatre morceaux, dont deux que je connaissais, plus le Allelujah de Leonard Cohen, je n'allais pas bouder mon plaisir et mon désir de participer à ce que j'espérais bien être un moment apaisant et d'espoir de pouvoir être ensemble et oeuvrer à surmonter les divisions et la noirceur qui semble s'abattre de plus en plus sur le pays et sur les cités où nous devons vivre ensemble. 

Des représentants de la communauté musulmane étaient cruellement manquants à cette manifestation religieuse, et je me suis demandé pourquoi cependant, mais je n'ai pas laissé cette absence me gâcher le plaisir que j'ai pris à chanter avec de très bons musiciens, et sous la direction d'une chef de choeur que je n'avais jamais rencontrée et que j'ai bien appréciée. C'était la première fois que je pouvais suivre les instructions d'une autre sans avoir la boule dans la gorge ou sans que ma voix se brise à la pensée de l'absence définitive de Kathy à ce rôle pour moi. 

C'était aussi une des rares fois où je n'ai pas (trop) grincé des dents à la voix de notre cantor à nous (que je déteste cordialement, mais c'est une tout autre histoire qui n'a pas sa place dans ce billet) et surtout, surtout, que je me sentais (à peu près) à l'aise dans le sanctuaire de notre synagogue, si peu synagogale... ce n'était pas une fête religieuse juive, pas un jour chômé dans le calendrier hébraïque, la température n'était pas frigorifiante pour une fois (pour éviter qu'il ne transpire trop sous les "projecteurs" du haut de l'estrade, notre rabbin - qui comme notre héros national Obélix objecterait qu'il est seulement bien enrobé  - ce dernier nous fait geler dans un souffle glacé insupportable) et l'assemblée, suffisamment diverse et nombreuse semblait parfaitement dans son élément dans ce lieu que j'ai toujours trouvé bien trop ressemblant à une église qu'à un endroit où ma spiritualité juive pouvait s'épancher. 

Les différents ministres du culte chrétien avaient - pour les hommes - adopté la kippah, et mine de rien, ça m'a fait plaisir et les sermons ont tous été à la hauteur de ce que j'avais envie et besoin d'entendre, à la fois des messages forts et rassembleurs, et n'hésitant pas à condamner ce que pour l'instant on attend encore d'entendre dénoncer par les vainqueurs du scrutin électoral au niveau présidentiel... Notre rabbin avait ouvert le ban avec un message très direct sur le malaise qui s'était abattu crevant les bulles de bien des Américains endormis dans leur matérialisme immédiat, ayant oublié peut-être que le silence n'est pas toujours d'or quand il s'agit de faire barrage aux messages de haine. 

Dès demain, la trêve illusoire de la fête des actions de grâce viendra peut-être apporter un peu de répit dans un brouhaha qui a bien besoin de se calmer pour que l'on puisse commencer à passer utilement à l'action constructive. De vivre ensemble et de construire ensemble. De se réjouir de ce que nous avons de si bon et de si précieux. Liberté, liberté chérie. 

Billet original sur Un jour @ la fois

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