Au sixième jour

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Photo: Carol Kaliff / Hearst Connecticut Media

D'une certaine manière, je préfère que mon père ne soit plus là pour voir ce que je poste ici. Le signe qui est photographié ici, peint sur une propriété privée dans la ville de Danbury, CT fait partie d'une série de grafittis qui ont été disséminés au cours des dernières semaines un peu partout dans la ville - celle où j'emmène régulièrement M. Ziti faire son fameux tour de manège, autant dire derrière chez nous. 

Le Parti Nazi Américain (il est protégé par le premier amendement, eh oui, c'est aussi ça, les USA, et a donc une existence légale) a déclaré sur son site web que la victoire électorale de Donald Trump était un signal d'appel de passage à l'action des suprémacistes blancs. 

Le Southern Poverty Law Center - l'équivalent peut-être de la LICRA en France - a recensé un nombre jamais égalé d'incidents en une si courte période, et ceci compte pour l'un d'entre eux : c'est extrêmement alarmant, et j'ai l'estomac retourné de plus en plus, malgré la promesse que je m'étais faite ce matin de travailler et d'avancer dans mes projets, qui sont restés en plan, pour être très franche, parce que je n'ai absolument pas réussi à focaliser mon attention. 

Chacun a sa façon propre de réagir, mais le niveau d'alarme est extrêmement élevé, et le silence des personnes que nous savons avoir voté pour Donald Trump témoigne peut-être d'un certain embarras, mais aussi de beaucoup d'état d'âme sur la défensive, comme si la colère palpable de tous les Démocrates qui passent par cette phase très agressive de dénonciation de ces actes inqualifiables faisait également très peur. 

En d'autres termes tout le monde est à cran et comprenez-moi bien, je ne dramatise absolument pas les sentiments de dépression que chacun doit ressentir après cette élection, surtout si elle résulte dans une telle violence - qui aurait été aussi intense d'ailleurs, si Hillary Clinton avait été élue, c'est ça qui me désespère le plus, parce que les tensions en sont arrivées à ce point.

Je me rappelle que j'avais ressenti la même horreur, et les mêmes sentiments d'impuissance au lendemain des attentats du World Trade Center, en septembre 2001. Une sensation de fin du monde et d'extrême vulnérabilité, un monde qui s'est écroulé et qu'il va falloir reconstruire. 

Il ne faut décidément plus que je rédige mes billets à la nuit tombée, quand l'angoisse est à son comble, et le désespoir plus fort que les petites lueurs qu'apportent les petits bonheurs auquels il faut continuer de porter sa plus grande attention. J'ai hâte de sortir de cette phase de témoin impuissante d'une catastrophe annoncée et anticipée, qui pour l'instant résulte dans encore plus d'antagonisme et beaucoup de blâme et de colère, quand je voudrais seulement de la solidarité et de la cohésion. 

Billet original sur Un jour @ la fois

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