Le temps de la préparation

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Nous voici donc dans cette période intermédiaire, qui sépare la tête de l'an, Rosh haShana, du Jour du Grand Pardon, le Yom Kippour. L'an dernier, je n'avais pas encore entrepris ce défi des petits bonheurs quotidiens, et après la série d'Eloul, j'avais je crois bien repris mon rythme paresseux de billets très parsemés sur ce blog. Mais puisque cette année, je me plie à ma discipline salvatrice (qui du moins me sauvera de la paresse peut-être), j'hésite à trouver un thème qui ne soit pas trop sombre ou hermétique pour qui ne serait pas passionné absolument par cette saison très particulière durant laquelle les personnes religieuses ont en tête des sujets qui n'ont rien de léger. 

Il a fait un temps radieux. La lumière était parfaite. Si j'étais photographe, je serais partie en chasse de clichés, dans la très belle nature alentour qui commence à se parer des couleurs changeantes de l'automne. 

J'ai commencé à voir apparaître les décorations d'Halloween dans les environs. La semaine prochaine, la pluie nous aura arrosé, probablement copieusement, mais les dégâts de la sécheresse sont bien là. 

J'ai commencé ma tournée des personnes à qui je dois demander pardon pour les petites et sans doute plus grandes choses qui me tracasseraient sinon tandis que je méditerai pendant le jeûne de Kippour. J'ai écrit une lettre de gratitude à mon rabbin, qui m'a offert ce livre dont je lui réclamais les références, car il a tout de suite deviné que c'était vraiment le sens de ma requête, de pouvoir hériter de ces marques là, que nous avons jalonnées ensemble de la littérature hassidique qu'il affectione particulièrement, et qui est si puissante à décrire la bonté et l'ouverture du coeur à la joie que nous apporte la spiritualité. J'ai tenu à lui dire combien nos cours m'ont apporté de cette joie, qu'on ne pourra jamais plus nous enlever et du coup lui dire l'amour que je ressens pour ces moments que nous avons partagés. 

Et je me souviens que je me plaignais alors que je ne trouvais pas toujours mon compte parce que la synagogue était en pleine crise, notre communauté scindée par les événements politiques qui avaient présidé à l'éviction du rabbin, et mon ressentiment qu'elle ait été chassée, pour moi, de façon que je trouvais extrêmement violente et moralement répréhensible. Mais à l'époque, elle n'avait pas eu la façon gracieuse d'accepter et aujourd'hui j'apprends qu'il y a une façon gracieuse de faire, qui créé le bien-être au lieu de créer plus de souffrance qu'il n'en faut. Il ne se passe plus une journée sans que je pleure ces jours-ci, et parfois c'est de joie ou de rire qui transcende la tristesse. Par son attitude, j'ai le sentiment que notre rabbin nous fait un cadeau ultime, une leçon magistrale sans mots, et qu'il poursuit la mission qu'il s'est donnée, de nous mener là où il était question de nous mener, sur le chemin de la réconciliation.

Et je ne peux m'empêcher de repenser à ces reproches que je lui formulais, lorsque moi-même je m'étais rendue au chevet de ma propre mère mourante, et que je lui en voulais de ne pas être présent à mes besoins de réconfort, égoïstement je le voyais comme absent, distant ou ne me répondant pas de façon adaptée, alors qu'il était sûrement déjà dans une inquiétude noire à se demander ce qui le rongeait, et que la situation avec la fusion en cours des deux communautés ne se passait pas non plus comme on l'aurait souhaité. A l'époque, je ne lui avais jamais demandé pardon d'avoir eu cette rancune à son égard, parce qu'au moment de le faire, c'est là qu'il a appris le diagnostic, et cela m'a stoppée dans mon élan. Aujourd'hui, c'est trop tard. Bien sûr, je porte en moi le sentiment de culpabilité de lui en avoir voulu et d'aujourd'hui lui dire uniquement tout ce que j'ai aimé de notre relation, en laissant cette noirceur là de côté. Mais du coup, je suis soulagée que nous ayons eu auparavant des conversations difficiles auxquelles je ne m'étais pas dérobée, et la leçon pour moi sera celle-là, de ne pas garder rancune en son coeur quand on peut prendre la plume, ou faire un texto, ou rendre une visite et demander trois minutes pour parler de ce que l'on a sur le coeur, sans laisser prendre une sauce qui pourrait très vite tourner à l'aigre. 

Oui, je sais, ces billets sont lourds et probablement trop personnels ou intimes, et s'ils doivent mettre quiconque mal à l'aise, j'en suis navrée, là aussi, mon intention est pure, et si au travers de ma méditation à voix haute, je peux servir ne serait-ce qu'à une seule relation de s'assainir par ce que je dis de l'urgence à ne pas laisser mourir un conflit sans avoir tenté de faire la paix à tout prix, je me sentirai plus digne de me présenter à mon tour pour une bonne année comptable de mes actions morales envers chacun. 

Billet original sur Un jour @ la fois

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